On croit connaître le Sénégal. On pense à Dakar et à son vacarme tendre, à la longue plage de la Petite Côte, aux pirogues de Saint-Louis, au sable du Sahel qui file vers le nord. Pendant des années, j'ai cru cela aussi. Puis j'ai pris la route du sud-est, vers Kédougou, et le pays que je croyais plat s'est mis à monter. Les collines sont arrivées doucement, puis franchement, et un matin je me suis réveillée au pied d'un plateau, devant une cascade qui tombait de cent mètres. Le Sénégal venait de devenir montagne.
Je m'appelle Roseline Ngom, je suis dakaroise et guide depuis 2014. Le Sénégal oriental est la région que je préfère emmener visiter, parce qu'elle se mérite et qu'elle déroute. Ici il n'y a ni resort en bord de mer ni file de quatre-quatre. Il y a des villages perchés, des forêts au pied des falaises, des peuples qui vivent leur culture au présent et non pour la photo. Ce carnet est tout ce que j'aurais aimé lire avant mon premier voyage là-bas.
Où se trouve Kédougou et comment y aller
Kédougou est à la fois une ville et une région, à l'extrême sud-est du Sénégal, à la frontière de la Guinée et du Mali. Comptez environ 700 km depuis Dakar. La route est longue, souvent dix heures et davantage selon l'état des pistes et le trafic à la sortie de la capitale. Selon les saisons, un vol intérieur permet de rejoindre la zone et de réduire fortement le trajet, ce qui change tout pour un séjour court.
Je le dis sans détour : la distance fait partie du voyage. On traverse le pays d'ouest en est, on voit le paysage se transformer, le sol rougir, les baobabs céder la place aux contreforts du massif du Fouta-Djallon. C'est la région la plus vallonnée du Sénégal, et le point culminant du pays se trouve dans cette zone de collines et de plateaux. Le Sénégal est globalement plat. C'est ici, et seulement ici, qu'il prend de l'altitude.
Pour les voyageurs qui préfèrent ne pas gérer eux-mêmes cette logistique, nos circuits TripAfro vers le Sénégal oriental et nos itinéraires Pays Bassari intègrent le transport, l'hébergement et un guide local de la région. C'est le genre de destination où un bon accompagnement ne relève pas du luxe mais du bon sens.
La cascade de Dindefelo
La cascade de Dindefelo est l'image que la plupart des gens gardent de Kédougou, et je comprends pourquoi. C'est une chute d'eau d'environ cent mètres, qui se jette depuis le rebord d'un plateau, près du village de Dindefelo, au sud de la ville de Kédougou. On ne l'atteint pas en voiture. On marche, à travers une forêt fraîche, le long d'un ruisseau, et le bruit de l'eau grandit avant qu'on ne voie quoi que ce soit.
La marche n'est pas longue mais elle se fait avec respect. On entre sur un territoire géré par la communauté du village, qui protège la forêt et encadre l'accès. Au bout, la falaise s'ouvre et l'eau tombe dans une vasque où l'on peut se baigner. Après des heures de piste et de chaleur, ce premier contact avec l'eau froide reste un de mes souvenirs les plus nets du Sénégal.
Le débit dépend de la saison. En fin de saison des pluies et dans les mois qui suivent, la chute est pleine et puissante. En saison sèche avancée, elle se réduit, sans jamais disparaître. C'est une donnée à garder en tête quand on choisit ses dates, et j'y reviens plus bas.
Le Pays Bassari et ses peuples, patrimoine mondial depuis 2012
Le Pays Bassari n'est pas un parc à thème ni un décor. C'est un paysage culturel vivant, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2012 sous le nom de Pays Bassari, paysages culturels Bassari, Peul et Bedik. Cette inscription reconnaît à la fois la beauté des lieux et la richesse des cultures qui les habitent, ce qui est précisément l'esprit dans lequel j'aime faire découvrir la région.
Trois peuples principaux donnent son visage à ce territoire. Les Bassari, dont les cérémonies d'initiation et les masques rythment l'année. Les Bedik, installés dans des villages perchés en hauteur, à l'écart, avec une architecture et des traditions qui leur sont propres. Et les Peuls, ou Fula, présents dans toute la zone, éleveurs et agriculteurs, dont la culture irrigue une grande partie du Sahel ouest-africain.
Je tiens à une chose. Ces communautés ne sont pas une attraction. Ce sont des gens chez eux, avec leurs croyances, leur calendrier, leurs raisons de dire oui ou non à une visite. Un bon séjour ici passe par un guide qui connaît les familles, qui demande avant de photographier, qui sait quand une cérémonie est ouverte aux visiteurs et quand elle ne l'est pas. La dignité des hôtes prime sur la curiosité des visiteurs, toujours.
Les villages Bedik perchés
S'il fallait ne garder qu'un lieu, ce serait Iwol. C'est un village Bedik accroché en hauteur, qu'on rejoint à pied par un sentier qui grimpe au flanc du plateau. La montée se mérite, sous un grand fromager parfois centenaire, et l'arrivée récompense l'effort : des cases rondes, des greniers, une vue qui porte loin sur la plaine et, partout, une vie qui n'a rien d'un musée.
Les Bedik se sont installés en hauteur pour des raisons d'histoire et de protection, et cette position perchée a préservé une grande partie de leurs traditions. On y voit l'architecture de terre et de chaume, les lieux de culte, le rythme paisible d'un quotidien rural. On y est invité, pas en droit d'entrer. La nuance compte. On vient apprendre, écouter, et repartir sans avoir tout pris.
Mon conseil de guide tient en peu de mots. Montez tôt le matin, quand l'air est encore frais et la lumière douce. Prenez votre temps. Posez des questions plutôt que de dégainer l'appareil photo. Les plus belles rencontres de mes voyages dans le Pays Bassari sont nées d'un silence partagé, pas d'un cliché volé.
Le parc national du Niokolo-Koba
La région de Kédougou abrite aussi le parc national du Niokolo-Koba, le plus grand parc du Sénégal et, lui aussi, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO. C'est un immense espace de savane et de galeries forestières traversé par le fleuve Gambie, un territoire où la nature reprend ses droits sur de très grandes distances.
On y trouve des hippopotames dans les bras du fleuve, des troupeaux d'antilopes, des babouins le long des pistes, et une population de lions devenue rare, dont l'observation tient de la chance plus que du programme. Je préfère le dire honnêtement : le Niokolo-Koba n'est pas un safari d'Afrique de l'Est garanti à chaque virage. C'est un parc sauvage, exigeant, où la récompense est de se sentir minuscule dans un espace immense, faune visible ou non.
Combiné au Pays Bassari et à la cascade de Dindefelo, le parc complète un séjour qui mêle culture vivante, nature et relief, ce que peu de régions d'Afrique de l'Ouest offrent en un seul itinéraire.
Quand partir et comment s'organiser
La meilleure période s'étend de novembre à février. Les pluies sont passées, les paysages restent verts, les cascades coulent encore bien et la chaleur demeure supportable. C'est la fenêtre que je recommande à tous ceux qui me demandent quand venir dans le Sénégal oriental.
D'avril à juin, il fait très chaud, parfois éprouvant pour la marche. Pendant la saison des pluies, de l'été au début de l'automne, les paysages sont superbes et la cascade puissante, mais les pistes deviennent difficiles, voire impraticables par endroits. C'est un arbitrage à faire selon ce que l'on cherche, eau abondante ou facilité de déplacement.
Voici les distances utiles pour visualiser un itinéraire depuis Dakar et au sein de la région.
| Site | Distance / accès | Intérêt principal |
|---|---|---|
| Dakar à Kédougou | Environ 700 km, 10 h et plus par la route, vol intérieur possible selon saison | Point de départ et porte d'entrée de la région |
| Cascade de Dindefelo | Au sud de Kédougou, courte marche en forêt depuis le village | Chute d'eau d'environ 100 m, baignade au pied du plateau |
| Villages Bedik (Iwol) | En hauteur, accès à pied par un sentier qui grimpe | Village perché, architecture et traditions Bedik vivantes |
| Pays Bassari | Plusieurs villages dans la zone de Kédougou | Paysage culturel UNESCO 2012, peuples Bassari, Peul et Bedik |
| Parc du Niokolo-Koba | Dans la région, vastes pistes intérieures | Plus grand parc du Sénégal, faune de savane, UNESCO |
Quelques conseils que je donne avant chaque départ vers Kédougou, pour la marche comme pour le respect des lieux et des gens.
- Prévoyez de bonnes chaussures de marche, les sentiers vers les cascades et les villages perchés grimpent et glissent.
- Emportez assez d'eau et une protection solaire, la chaleur monte vite même en saison favorable.
- Demandez toujours avant de photographier une personne, une case ou une cérémonie, et acceptez un refus sans insister.
- Passez par un guide local qui connaît les familles et le calendrier des cérémonies, c'est la clé d'un accueil juste.
- Voyagez léger et laissez les lieux propres, la forêt de Dindefelo est protégée par la communauté du village.
- Réservez vos dates dans la fenêtre de novembre à février si vous voulez des paysages verts et des pistes praticables.
Organiser ce voyage soi-même est possible, mais demande du temps et une bonne connaissance du terrain. C'est exactement la raison pour laquelle nous avons construit nos circuits TripAfro vers le Sénégal oriental et nos itinéraires Pays Bassari : pour que la logistique disparaisse et qu'il ne reste que la rencontre, la marche et le silence des plateaux. Si cette région vous appelle, écrivez-nous, je serai heureuse de vous aider à bâtir votre route.
Sources
UNESCO, Pays Bassari : paysages culturels Bassari, Peul et Bedik, inscription 2012. whc.unesco.org/fr/list/1407
UNESCO, Parc national du Niokolo-Koba. whc.unesco.org/fr/list/153
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